Drôle d’histoire


Né en 1959 à Marrakech, Mahi Binebine s'installe à Paris en 1980 pour y poursuivre ses études de mathématiques qu'il enseigne pendant huit ans.

Puis se consacre à l'écriture et à la peinture. Plusieurs romans traduits en une dizaine de langues. Il émigre à NewYork de 1994 à 1999.

Ses peintures font partie de la collection permanente du musée Guggenheim de NewYork.  Il revient à Marrakech en 2002.


Mahi - 2006

 

Biographie


- Quel genre d’influence vos romans exercent sur vos peintures et vice versa ?

Il y a un rapport complémentaire entre ma peinture et mon écriture. Quand j’écris par exemple un livre sur les immigrés clandestins qui essayent de traverser le détroit de Gibraltar pour se rendre en Europe, mon univers plastique est soudain envahi de « patera », de cadavres en sursis, de cannibales (c’est le titre du roman)… Quand je peins, je commence par esquisser un personnage en surface et puis je cherche a le pénétrer, voir ce qu’il y a à l’intérieur. Quand,
j’écris, je me place d’emblée à l’intérieur du personnage, c’est à dire, en plein dans les sentiments, pour restituer une image. Donc, entre la peinture et l’écriture, il y a comme un mouvement de va-et-vient que je trouve très intéressant.

- Comment est ce qu’un mathématicien de formation développe une passion pour l’écriture et la peinture ?


Les mathématiques enseignent une rigueur indispensable à toute entreprise créative. On nous apprend à Partir d’un point A pour arriver logiquement à un point B en se plaçant dans un espace où il y a des contraintes. Un roman, c’est ça. Une peinture, aussi abstraite soit-elle, obéit à des lois d’équilibre. Tous les artistes vous le diront.

- Vous avez travaillé à Paris, N.Y., Madrid, Rome, Marrakech…  Quelques mots sur vos expériences de travail dans ces différentes villes.

Ce serait un lieu commun que de vous dire que l’art n’a pas de frontière. Mais je le pense vraiment. Je me sens appartenir à cette république internationale des arts et des lettres. Aussi, j’ai travaillé avec un artiste espagnol, Miguel Galanda, nous avons peint pendant trois ans des tableaux à quatre mains. Une expérience qui a commencé comme un jeu, mais que nous n’avions pu arrêter que récemment. Il nous fallait alors vivre un temps à Madrid, un temps à
Paris. Nous avions présenté nos travaux un peu partout dans le monde. Nous nous sommes séparés car l’aventure devenait difficile à gérer pour nos familles respectives.

- De quelle façon une ville peut influencer une œuvre ?

Vous verrez beaucoup de couleurs ocres, de terre… dans ma peinture. Si vous venez à Marrakech, vous comprendrez pourquoi. Cela dit, L’art relève davantage d’une fouille intérieure…

- Comment définirez-vous votre peinture ?

J’ai l’orgueil de penser que mes écrits autant que mes peintures sont une sorte de revanche contre l’inhumain ; quand les moyens de cette revanche sont d’ordre esthétiques. J’utilise donc les mots, les couleurs, comme ces « armes miraculeuses » dont parle Aimé Césaire dans ses poèmes.

- Vos peintures sont plus intuitives ou plus conceptuelles ?

Là encore les mathématiques jouent un rôle : C’est à dire un dosage intelligent entre l’intuition et le concept.

- C’est la première fois que vous exposez au Portugal ?

Oui, et j’en suis très heureux. Cela fait des années que je viens passer mes vacances dans votre beau pays. J’y ai de nombreux d’amis. J’aime le caractère accueillant du portugais. A Paris, nous étions beaucoup d’artistes à dîner tous les soirs « Chez Albert », un petit restaurant portugais de la rue Mazarine au quartier Latin. J’aime le vinho Verdé et la morue Abras…

- Quelles sont vos projets le futurs ?

Je viens de finir un livre sur Marrakech (une commande de mon éditeur espagnol) puis l’adaptation au théâtre de mon dernier roman « Terre d’ombre brûlée » et puis… un roman sur les kamikazes de Casablanca. Aussi, des expositions ici ou là (Rabat, Cologne, Madrid…)


- Qu’est ce que vous pensez des chemins que prend l’art contemporain ?

Je pense que l’on s’éloigne de plus en plus de la peinture. Que la photo, la vidéo, les installations en tous genres prennent le dessus sur le pinceau et la vieille palette. C’est la course de ce siècle qui commande cela. Mais nous sommes quelques-uns à faire de la résistance  !!!

- Elle s’approche ou s’éloigne du public ?

Beaucoup de gens sont désorientés. Mais ils l’étaient aussi au début du siècle passé avec les inventeurs de l’art moderne. Seul le temps jugera de ces nouvelles approches.


- Et vos œuvres ?

C’est à vous de répondre !

- Aujourd’hui, la peinture est de plus en plus abandonné par beaucoup d’artistes. Avez-vous déjà pensé à vous exprimer dans d’autres formes artistiques ?

Quand j’étais adolescent, je voulais devenir chanteur de charme. Qui sait, un jour peut-être…

- Qu’est ce que vous pensez du futur de la peinture ? Et de l’art en general ?

Vous savez, l’art a survécu à bien des remous. Il traverse actuellement une zone de turbulence, mais, comme on dit en français, « on ne fait d’omelette sans casser des œufs ! » Encore une fois, seul le temps est juge.


- Le Maroc soutient-il ses artistes ?

Au Maroc, nous avons traversé des périodes difficiles : Les années de plomb. L’artiste, de part son esprit libre, constituait une menace pour le pouvoir. Beaucoup de mes amis écrivains, hommes de théâtre, humoristes ont payé de leur chair le petit vent de liberté qui souffle actuellement sur notre pays. Beaucoup de travail reste à faire, mais nous sommes sur la bonne voie.

- Et l’art en général ?


Le budget du ministère de la culture est ridicule dans notre pays. Beaucoup de nos décideurs pensent à tort qu’il y a des priorités à respecter. Ils disent : Le pain d’abord. J’ai envie de répondre : La culture d’abord, elle ramènera le pain.


- Qu’est ce que vous pensez de l’enseignement de l’art au Maroc ?

L’enseignement des arts est à l’état embryonnaire dans les collèges. Mais nous avons quelques écoles des beaux-arts qui ont fait leurs preuves. Celle de Tétouan par exemple d’où sont sortis de bons peintres.

 
- A votre avis, quelles sont les conséquences de l’écart qui existe entre européen et
nord-américain en ce qui concerne l’art en général ?


En regard de l’histoire, l’art, c’est d’abord l’Europe. L’Amérique, c’est plutôt le savoir-faire. C’est une société efficace, qui a une langue efficace ; et qui a su accueillir le talent. Quel qu’il soit.
D’où qu’il vienne. Qui a su assimiler cette énergie positive comme une sorte de vitamine. S’il y a suprématie actuellement, c’est aussi que l’Europe s’est montrée plus frileuse, moins audacieuse. Une Europe qui a voulu imiter au risque de perdre son âme. Je suis triste, par exemple, de constater la mort du cinéma italien au profit de « Star War » et autres Rambo …Je suis triste de cette marchandisation de l’œuvre d’art venue d’outre Atlantique qui asphyxie bon nombre
d’artistes. Mais ne crachons pas dans la soupe : cette société m’a donné ma chance.


- Les artistes portugais sont-il connus au Maroc ?
 
Très peu. Il y a peu d’échanges culturels entre nos deux pays. En dehors de Vieira da Silva, moi-même j’ai honte de mon ignorance.

- Sont-ils représentés dans les collections marocaines ?

A ma connaissance, non.

 
- Nos deux pays sont géographiquement et historiquement très proches, mais malgré cela on ne connaît pas les œuvres et les artistes marocains au Portugal. Comme expliquer cela ?

Mes livres sont traduits en une dizaine de langues (même en coréen), mais pas en portugais.
Nous connaissons davantage les artistes français et espagnols parce que leur pays ont des politiques de coopération culturelle très développées. Il y a un centre culturel français dans chaque grande ville du pays. Des instituts Cervantes aussi. A quand un centre Pessoa à Marrakech ? « Navigar é presiso » (je ne sais pas si cette phrase de Pessoa est correcte en portugais : « Naviguer est urgent »


"El estrecho de Gibraltar es un abismo" Este artista de Marraquech narra en ’Cannibales’, una novela de éxito, la tragedia de las pateras IGNACIO CEMBRERO / ENVIADO ESPECIAL, París Los cadáveres de espaldas mojadas que aparecen flotando en el estrecho de Gibraltar o al amanecer en las playas andaluzas son anónimos.

El escritor marroquí Mahi Binbine ha querido darles una identidad, una biografía, contar la historia de esos emigrantes cuya aventura acaba frecuentemente en tragedia en esas aguas turbulentas que separan a Europa de África. Binbine, de 40 años, ha sido el primer marroquí en relatar en una novela, Cannibales, recién publicada por Fayard en París, la travesía de los harragas, como se llama en Marruecos a los que queman su documentación antes de subirse a la patera para dificultar su repatriación si les captura la Guardia Civil.
Ahí están, cerca de Tánger, dispuestos a arriesgar sus vidas por librarse de la miseria, los protagonistas de la novela. Son dos malineses muertos de hambre, Yarcé y Pafadnam ; Yussef, el bereber marroquí cuya familia murió intoxicada después de alimentarse con un saco robado de harina mezclada con matarratas ; Kacem, el maestro argelino que huye de la violencia islamista que ha devorado a sus hijos ; Nouaray y su bebé, que esperan encontrarse con su marido, que les precedió en la travesía... Cannibales, recalca Tahar Ben Jelloun, el más célebre de los escritores marroquíes, en la crítica del libro que ha publicado en Le Monde , "es un emocionante homenaje a todos aquellos cuya identidad arde y que mueren olvidados, sin rostro, sin nombre y sin memoria. Son los nuevos parias de la tierra que atormentarán el sueño de sus malditos barqueros que han quemado la vida y la esperanza".
Es también un homenaje exitoso, a juzgar por la buena marcha de las ventas y los contratos para traducirlo. ¿Por qué emigran los magrebíes, los subsaharianos ? "Para huir de la miseria y de la falta de libertad", contesta tajante Binbine en el curso de una conversación en su piso de París. "La falta de libertad no es sólo política, son también las trabas para crear, para emprender, porque hay que repartir sobornos a burócratas corruptos antes de montar un pequeño negocio". "Emigran también", prosigue, "porque se dejan engañar por sus compatriotas, establecidos legalmente en Europa, que regresan de vacaciones a casa y les deslumbran con su aparente riqueza". "Emigran porque se dejan cegar por las televisiones europeas vía satélite que les muestran un mundo relumbrante que no existe". "¿Sabe que una fundación norteamericana hizo una encuesta entre los jóvenes marroquíes y el 75% deseaba vivir en otro país ?". "El estrecho de Gibraltar siempre me ha fascinado : Me parece el centro del universo", suele repetir Paul Bowles, el célebre escritor norteamericano afincado en Tánger. "El estrecho de Gibraltar es más bien el mayor abismo del universo", añade Binbine, "porque, en muy pocos kilómetros, separa a un mundo mísero de un mundo próspero". En Marruecos, sin embargo, con la entronización del joven Mohamed VI, se inicia, asegura, "una etapa esperanzadora. Este rey quiere cambiar las cosas, y ha empezado por cerrar el triste capítulo de los abusos contra los derechos humanos. Pero no posee la varita mágica y, sin la mano tendida de Europa, de nuestra vecina España, no levantará el país".
 Binebine, nacido en una familia de clase media de Marraquech, fue también inmigrante, e incluso, al acabar sus estudios en París, estuvo un tiempo ilegal. "Recuerdo las noches haciendo cola ante la Prefectura (Gobierno Civil) para poder franquear la puerta. Recuerdo la angustia cuando el funcionario examinaba la documentación por si faltaba un papel, un sello. Incluso hoy me ponen nerviosos los policías, y cuando regreso a casa vive en el edificio colindante a Matignon, la jefatura del Gobierno intento no mirarles". "Sospecho que creen que me he escapado de Barbès" barrio parisiense de inmigración, dice riéndose. Aun así, Europa era entonces algo más acogedora. "Yo vine a Francia sin solicitar un visado", rememora el escritor. "Pero ahora el Viejo Continente se está rodeando de alambradas ; la primera es el requisito del visado ; después están los sistemas de detección electrónica en el Estrecho, y hay más, Europa se cierra cada vez más". Duró poco la ilegalidad de Binbine. Sacó una plaza como profesor de matemáticas, empezó a pintar, se animó a escribir y consechó sus primeros éxitos, sobre todo en Estados Unidos. "Desde luego no he sido profeta en mi país", reconoce este pintor consagrado.

Hasta hace dos meses, vivía en Nueva York, y ha expuesto en el Museo de Arte Moderno de Washington y en el Guggenheim de Nueva York, que acaba de comprarle 30 cuadros, alguno de ellos para su colección permanente, y Naciones Unidas va a utilizar una de sus acuarelas para una campaña que insta a ratificar el tratado contra las minas antipersonales. En el mundo musulmán la pintura no suscita muchas vocaciones porque el islam desaprueba la representación de los seres vivos, y en algunos países como Afganistán está no sólo prohibida la pintura figurativa, sino la fotografía y la televisión. "El islam es una religión tolerante como lo fue en tiempos del califato de Córdoba", replica Binbine. "Desgraciadamente se hace una interpretación equivocada del Corán, a veces incluso adrede, para legitimar a regímenes opresores".
Cuando esboza máscaras afligidas sobre un fondo de colores vivos, este marroquí que posee la nacionalidad francesa y la ansiada green card (permiso de residencia en EEUU) no tiene conciencia de cometer ningún pecado. "La pintura es un placer, pero, en cambio, la escritura es un tormento", y quizá por eso sólo redacta media página al día. Acaso le resulte tan arduo porque se ha empeñado en contar en sus cuatro novelas publicadas la miseria, el sufrimiento y la opresión en Marruecos. "Algunos de mis lectores me reprochaban hace unos días en Boulogne-Billancourt (periferia de París), en el curso de un coloquio, describir un Marruecos demasiado sórdido, pero muchas de las historias que narro están inspiradas en las páginas de sucesos de los periódicos.
Leí este verano en Marraquech que la mezcla de harina y matarratas en un saco robado por un padre de familia costó la vida a buena parte de los descendientes del ladrón. Para contar la belleza de las playas marroquíes, los prospectos turísticos lo hacen mejor que yo". Su primera novela, Le sommeil de l’esclave (El sueño de la esclava), publicada por Stock en 1992, es la autobiografía de la sirvienta negra de la familia Binbine.
La esclavitud fue abolida en Marruecos, pero, sin tener adónde irse, los antiguos esclavos siguieron trabajando en las mismas casas. Les funeirailles du lait (Los funerales de la leche), publicado dos años después, relata la enfermedad de su madre por la ausencia de su hermano mayor, Abdelaziz, un teniente del Ejército condenado a cadena perpetua por participar, en 1971, en el frustrado golpe de Estado militar contra Hassan II.
Abdelaziz y los otros 47 militares que sobrevivieron a la refriega empezaron a cumplir su condena en la cárcel de Kenitra, pero un día fueron trasladados en secreto a Tazmamart, "es decir, al infierno". Recluidos en oscuras y exiguas celdas de aislamiento en las que no podían ponerse de pie, carentes de servicios higiénicos, de cualquier atención médica y mal alimentados, 30 jóvenes reclusos murieron a lo largo de sus 18 años de encarcelamiento. Antes de aparecer en público, los 28 supervivientes necesitaron rehabilitación física para no parecer muertos vivientes. Abdelaziz volvió en 1991 a la casa familiar de la medina en Marraquech y, poco después de abrazarle de nuevo, su madre murió del cáncer que la corroía. "Es como si le hubiese estado esperando a su regreso", afirma Binbine emocionado. Mahi admira a Abdelaziz porque "supo resistir y no siente odio". "Yo, en cambio, sí lo he sentido". Dos consejos a los jóvenes Mahi Binbine no quiere que los jóvenes magrebíes emigren. "Un país cuya juventud se marcha es un país que se desangra", afirma, por mucho que los emigrantes envíen remesas a casa con las que vivan sus familias. Él mismo no es un buen ejemplo.
Se marchó a Francia, con 20 años, y después a EE UU, donde cosechó éxitos profesionales. "Por eso no estoy demasiado legitimado para proporcionar consejos", reconoce. Aun así se atreve a darlos. "Al joven veinteañero que quiere largarse le diría dos cosas". "Primero, que no es oro todo lo que reluce, que las luces de Algeciras no son la antesala del paraíso". "Después le diría también que intente emprender, tomar iniciativas, en su propio país", prosigue. "Merece la pena probar allí, sobre todo en Marruecos, donde se abre ahora una era de esperanza". "La solución a la inmigración pasa, sin embargo, por el desarrollo.
Los españoles saben algo de eso", concluye.

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Interview réalisé pour DIARIO EL PAIS (journal Portugais) en 2004


- Quelques commentaires sur votre œuvre(s) au Guggenheim.

Comme toujours, il y a une grande part de hasard et de chance. J’ai vécu six ans aux états unis (trois ans à New York et trois autres à East Hampton) J’ai rencontré un mécène qui a aimé mon travail et qui l’a défendu auprès de ceux qui font la pluie et le beau temps dans l’univers très fermé de l’art. Du jour au lendemain, je me suis retrouvé côtoyant les plus grands…


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