Présentation


4ème de couverture


« Quoi ? Je divague ! Et alors ? Que puis-je faire d’autre maintenant que la solitude me consume et que je rôde comme un fantôme étranger sur le royaume de mes souvenirs d’enfant. Je n’ai pas honte de vous dire qu’il m’est arrivé d’être heureux dans ces décombres hideux, sur les ordures de ce cloaque maudit, oui, j’ai été heureux à Sidi Moumen, mon pays. »

Yachine raconte comment il a grandi vite et est mort encore plus vite, à Sidi Moumen, cité en lisière de Casablanca, parmi ses dix frères, une mère qui se bat contre la misère et les mites, et un père ancien ouvrier, reclus dans son silence et ses prières. C’est un enfer terrestre qui a l’odeur des décharges publiques devenues terrains de foot, du haschich et de la colle qui se sniffe, des plongeons interdits dans la rivière tarie, des garages à mobylettes déglinguées. Alors, quand on leur promet que le paradis est à la porte d’en face, qu’ont-ils à perdre, lui et sa bande d’amis « crève-la-faim » ?

Un roman tragique et lumineux, plein de mauvaises farces et de drames muets, d’errances et de poussière, de fraternités et de trahisons. Mahi Binebine est peintre, sculpteur et romancier.

Il vit à Marrakech.

Les étoiles de Sidi Moumen

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Les étoiles de Sidi Moumen

Mahi Binebine – Flammarion


Quelques critiques publiées par :


Hécate

Le temps

Le nouvel Observateur

Africite





Les étoiles de Sidi Moumen

12/2010

Par Hécate



Après le 11 septembre 2001, certains écrivains américains ont tenté de faire parler les terroristes, de comprendre la psyché de ces hommes venus de pays qu’on était bien souvent incapable de placer sur une carte, mais qui semblaient haïr l’Amérique au point de commettre un acte insensé. Ces romanciers pourtant brillants, souvent apparentés à la gauche américaine ne purent, ne surent s’affranchir de leur vertueuse incompréhension devant “l’horreur” d’un tel acte, car “quelle cause peut valoir qu’on lui sacrifie les innocents?”. Vertueuse et menteuse car nous savons tous que notre cause “du progrès” se paie chaque jour sur le sang des innocents… mais des innocents lointains… si peu médiatiques…si peu charmants. Avec ce court roman, Mahi Binebine réussit là où ils ont échoué. Il montre la misère crasse d’un bidonville, la vie et la joie malgré tout, le bonheur parfois, malgré la décharge, les coups, la violence, le bruit, la proximité. Ils montrent comment le terrible hasard et la perfidie des hommes de pouvoir peuvent arracher jusqu’à cet improbable bonheur de vivre, et transformer des enfants en bombes humaines. Jusqu’au bout, il montre ce qu’on nous interdit de penser, que ces jeunes gens avaient des rêves, des espoirs et qu’ils ont eu des doutes, parce que l’humanité résiste, même dans le geste ultime. Un roman magnifique servi par une écriture fine et drôle.




Sidi Moumen, un bidonville aux portes de Casablanca. Dans ce “quartiers” des centaines de gens survivent. Petits boulots, trouvailles dans la décharge, prostitution… tout ce qui fait le quotidien du sous-prolétariat urbain. Dans ce lieu à la fois unique et si commun dans le paysage des pays pauvres et en voie de développement, les enfants jouent au foot, se battent, s’aiment, se détestent, prennent de coups, regardent leurs parents lutter, se perdre, résister, s’abîmer un peu plus chaque jour. Dans ces lieux, la mort est une présence familière, la drogue et la violence aussi. Mais là comme ailleurs, les enfants jouent au foot. Ils rêvent de devenir le meilleur gardien de tous les temps, le nouvel attaquant phare, le défenseur infranchissable. L’auteur ne cherche à faire pleurer l’occidental moyen dans son canapé chic, il raconte juste des vies, autres, pas si loin que ça.


Ces enfants forment une famille choisie au coeur de la débandade familiale réelle. Ils s’entraident, parfois s’entrainent dans les galères. Ils testent les drogues, la violence, les petits larcins, mais forment une communauté solide. Et puis, de temps en temps, le malheur frappe plus violemment que d’habitude sur cette terre de désespérance: un enfant meurt, noyé, écrasé, étouffé, battu, drogué. Les familles s’effritent souvent, mais les amis d’enfance parviennent à garder le cap dans cette tempête permanente. Et puis les enfants grandissent et dans ce monde aux portes d’un Occident gras et débordant, ils regardent avec envie, avec fascination ces femmes si libres, ses amours si frivoles, cette consommation si outrancière. C’est là, qu’apparaissent les “pères”‘, les “frères”, les “sages”. Avec leurs airs patelins, leurs sermons, leur “epxérience” de la débauche, et leur “retour vers dieu”, ils susurrent à ces enfants fascinés et fragiles, que tout cela n’est pas bien. Que cet Occident corrompt et brutalise. Qu’il grossit sur la misère et le désespoir de leurs familles. Le travail est long, permanent, intelligent: des paniers repas, des boulots, de l’aide: le type même du système mafieux, de l’ancestral système de bande. Tu es approché, coopté et finalement ta nouvelle famille n’exige de toi que l’obéissance aveugle. Le droit de mort.


Ce roman explique avec beaucoup de finesse ce que le président américain et les occidentaux font semblant d’oublier: les racines du terrorisme, comme les racines de n’importe quelles contre-sociétés plongent profondément dans la boue nauséabonde de la misère et des bidonvilles, dans l’absence d’éducation et dans la démission des Etats. Manipulés par les gros et gras fils de famille ou par les criminels reconvertis dans la foi, par ces hommes qui ont compris l’usage terrible qu’on peut faire d’une parole mythologique, ces enfants finissent toujours de la même manière. Brisés ou morts. Espérer échapper au désespoir habillé de bombes en parant nos démocraties de miradors et la livrant aux pouvoirs arbitraires de petits fonctionnaires est illusoire. Car ces enfants poussés dans la débrouille et la soumission au groupe, trouveront toujours un moyen d’entrer. C’est ce que les patrons de la pieuvre ont compris il y a bien longtemps, c’est ce que les patrons de la nouvelle mafia religieuse ont aussi compris, c’est ce que nous, les vertueux et verbeux démocrates préférons toujours ne pas voir. Car c’est ainsi que le système fonctionne.





Le Temps

Les étoiles de Mahi

12/2010

Par Amine Rahmouni


Le nouveau roman de Mahi Binebine sortira en janvier prochain. Nabil Ayouch a déjà décidé d’en faire un film.


C’est l’événement littéraire marocain du début d’année 2010 ! Peintre mondialement reconnu, Mahi Binebine n’en reste pas moins un écrivain de talent, au style simple et épuré, et qui publie depuis 1992 un opus tous les trois ans. Hormis une petite incartade en 2003, avec Terre d’ombre brûlée, récit d’un peintre miséreux qui meurt seul sur un banc parisien (référence à Jilali Gharbaoui), Binebine a toujours puisé son inspiration dans le terreau de son Maroc natal. Et le résultat touche souvent juste, divertit un peu, émeut beaucoup. Que ce soit Le sommeil de l’esclave, inspiré de son enfance dans la médina de Marrakech, voire Les funérailles de lait, L’ombre du poète, Pollens ou encore Cannibales (qui se penche de manière tragique sur les affres de l’immigration clandestine), l’auteur a pour habitude de jeter un œil introspectif sur la société qui l’entoure et parfois le happe. Son nouveau roman ne déroge pas à la règle. Les étoiles de Sidi Moumen est une vision grinçante d’un univers fou, misérable et dénué d’avenir, qui enfanta il y a six ans l’une des pires pages de l’histoire contemporaine marocaine, celle des attentats du 16 mai 2003.

Dans ce livre, l’écrivain adopte le ton de la voix-off, celle du kamikaze tout juste suicidé, qui revient de l’au-delà pour délivrer sa version de l’histoire. Sans complaisance ni pointe de dédouanement, mais sans culpabilisation outrancière non plus, l’auteur tente de comprendre comment une société a priori paisible a pu basculer l’espace d’une soirée dans pareille horreur. «Nous avons tous été choqués par cette tragédie qui ne nous ressemble pas. J’ai voulu comprendre comment cela a pu nous arriver. Le Marocain n’est pas d’une nature violente», plaide l’auteur, qui avoue avoir tout de suite pensé à en faire un livre. Mais entre ses activités picturales prenantes, et la nécessaire prise de distance face à un sujet d’une telle nature, le roman ne sera distribué qu’à partir de janvier 2010, soit plus de six années d’un travail minutieux. D’autant qu’il lui fallut constituer un matériau conséquent fait de recherches, d’enquêtes et d’informations brutes, à passer au tamis de la réflexion afin de nourrir son œuvre à venir.


Une fiction, pas un document


«Je me suis rendu sur place et me suis retrouvé sur une autre planète. J’y suis retourné plusieurs fois, en 2004, en 2006 et tout récemment. J’ai mis 5 ans à écrire ce court roman. C’est un livre compliqué : d’un côté, je ne pouvais pas faire l’apologie du terrorisme, et de l’autre, j’étais bien obligé de comprendre que lorsqu’on naît dans la misère, cerné par une décharge de 100 hectares comme seul horizon, on devient une proie facile pour le premier marchand de rêves venu», indique Binebine. Et c’est certainement là le principal défi à relever pour cet artiste-écrivain débonnaire au commerce agréable, volontiers drôle, jamais avare de bons mots, un trait de caractère qui n’entame en rien une forte capacité à bûcher dès lors que le sujet en vaut la chandelle. Et du travail, il lui en a fallu pour faire en sorte que son roman ne sorte pas des sentiers de la fiction pour emprunter ceux de la reconstitution historique. «Je n’ai pas fait un document. C’est une fiction qui s’inspire d’un drame. Mon rôle en tant qu’écrivain, c’est de faire un constat. J’essaie de dépeindre mon temps avec le plus d’objectivité possible. Le monde que je décris sera forcément embelli par-ci, exagéré par-là, et, somme toute, inscrit dans la réalité de la fiction», tient-il à préciser. Toujours est-il que, même s’il s’en défend, Mahi Binebine ne se prive pas d’appuyer le trait sur une réalité cruelle pour expliquer (sans justifier) l’inexcusable, décrivant les conditions de vie dans ces bindonvilles périphériques comme autant de poudrières dans l’attente d’une étincelle. Une véritable vision d’horreur rapportée par un écrivain observateur, fatalement acteur et transcripteur du temps qui passe. «Les écrivains du Sud se sentent investis par une mission donquichottesque, et je n’échappe à cette règle. Je n’aime pas la littérature militante.

Il faut un dosage équilibré entre le redresseur de torts et le poète. C’est ce que j’essaie de faire. Constater, pointer le doigt sur ce qui ne va pas», argumente-t-il. «A Sidi Moumen, en dehors de quelques immeubles sans âme, rien n’a réellement changé. Pire, il s’y développe même un trafic de certificats de résidence. Fermer les yeux sur la construction d’une nouvelle baraque, ça coûte autour de 70.000 DH. Autrement dit, sachant qu’il est question de reloger les gens, la corruption a trouvé là son pain bénit. Et il y a des voyous qui se nourrissent de la misère de ces pauvres gens».

Là, il touche juste, et la lecture de l’épreuve finit de page en page par nous en convaincre. Est-ce étonnant après tout, lui qui a toujours habitué ses lecteurs les plus fidèles à une certaine exigence, et qui pour cela lui en sauront toujours gré. Car à ne pas douter, Les Etoiles de Sidi Moumen connaîtra un succès d’estime certain lors de sa sortie, tant public que critique.

Bientôt sur vos écrans…

Et ce n’est pas Nabil Ayouch qui soutiendra le contraire : le cinéaste en a déjà acquis les droits pour une adaptation à venir, probablement fin 2010. Il raconte la genèse d’un succès annoncé : «La rencontre avec le dernier livre de Mahi Binebine s'est faite de façon surprenante. J'avais décidé du sujet de mon prochain film et lancé l'écriture d'un scénario depuis quelques mois quand j'ai eu vent de ce roman. J'ai appelé Mahi qui a eu la gentillesse de me l'envoyer et j'ai constaté que le livre traitait précisément du sujet qui m'intéressait et en plus de la façon dont je souhaitais le traiter, à savoir le destin de quelques jeunes marocains des quartiers qu'on oublie, de 1994 au 16 mai 2003. Les étoiles de Sidi Moumen est une histoire qui m'a bouleversé. C'est terriblement humain, tant le drame est absolu. Mais cette dimension humaine, dans la manière d'aborder un problème aussi important, permet à cette histoire d'être vraie, drôle, sincère, pas désespérée comme on pourrait le croire». En attendant, Mahi Binebine a déjà repris son envol pour un neuvième opus. Et c’est tout rigolard qu’il en dévoile à demi-mot le sujet, comme une évidence : «Pour changer, il sera question d’un orphelinat !!! L’histoire d’amour que je rêve d’écrire un jour attendra». Ne l’avait-il pas écrite dans chacun des ses romans ?





Africites

Une histoire d’étoiles

12/2010

Par Colette Braeckman



Il s’appelle Mahi Binebine, il est peintre, sculpteur, romancier. Il habite Marrakech, mais on ne le verra certainement pas dans les couloirs d’Africités. Dans l’avion, j’ai lu son dernier roman, « les étoiles de Sidi Moumen » (Flammarion) et en arrivant, je me suis demandé si entre Marrakech étincelante et ce faubourg de Casablanca occupé par une immense décharge, il s’agissait vraiment du même pays…Sans déflorer l’histoire, précisons seulement que les héros du livre sont des jeunes de Sidi Moumen, qui n’ont d’autre horizon que le bidonville, la crasse, la promiscuité. Sans savoir si ce quartier misérable existe encore ou s’il a déjà été rénové, lire ce livre aide à comprendre les propos des maires et responsables du développement des villes du Maroc qui se sont succédé aux différentes tribunes d’Africités : ces hommes là savent qu’ils viennent de loin, que les progrès accomplis sont récents, encore fragiles et incomplets. Leur zèle à convaincre les Africains du Sud du Sahara que le développement est possible, qu’en l’espace d’une génération il y a moyen de faire advenir le changement avait quelque chose d’émouvant…

Les héros de Sidi Moumen pourraient vivre à Kinshasa, Douala, Lagos, Nairobi. C’est pour eux, finalement, pour les arracher à l’exil et à la mort, pour raccrocher à l’espoir cette jeunesse qui forme la majorité des habitants des villes d’Afrique que tous ces gens se réunissent à Marrakech, échangeant expériences et cartes de visite.

A Copenhague, il y a urgence, car le climat se réchauffe. A Marrakech aussi il y a urgence, car l’écrivain nous le rappelle, si rien n’est fait, et vite, les villes d’Afrique vont brûler…





Le nouvel Observateur

12/2010

Par Camille Tenneson


Yachine revient sur ses souvenirs d'enfance à Sidi Moumen (photo), bidonville de Casablanca et «confluence naturelle de tous les déclins». Pour sa tribu de garnements, footballeurs du dimanche sur la décharge publique, il faut faire avec la détresse, la crasse et la débrouille. Jusqu'à l'arrivée de l'émir Abou Zoubeïr, qui leur propose de recevoir «les clefs du paradis». Aussi attendrissant qu'effroyable, ce roman mêle la prétendue candeur de l'enfance à l'horreur du terrorisme. Et confirme que Mahi Binebine, peintre marocain exposé au Guggenheim, est aussi un écrivain qui compte.





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Editions Flamarion

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Editions Le Fennec

Maroc

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Février 2013 :


Adaptation du roman de Mahi Binebine  «Les étoiles de Sidi Moumen» Nabil AYouch en a réalisé un long métrage intitulé «Les chevaux de Dieu»

Prix Un certain regard à Cannes en 2012, le film sort sur les écrans français le 20 Février 2013.


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Collection J’ai lu

Sortie 6 février